Rencontre du troisième type en Guinée


12 juillet 2018

Après Boffa et les volontaires de Charente-Maritime Coopération, l’EV Guinée a rencontré l’équipe du Centre de Conservation des Chimpanzés situé à Somoria – à 80km de Faranah, en pleine brousse.

Après 5h de piste, des attaques de mouches tsé-tsé, un pneu piégé dans les crevasses de la « route » et des arbres nous barrant le passage, nous avons finalement réussi à braver ces éléments pour retrouver Christelle, directrice du centre et son équipe (18 salariés locaux, et 9 volontaires).

Le Centre de Conservation des Chimpanzés, qui accueille actuellement 62 chimpanzés (bébés et adultes), a pour but de soigner et de tenter de les réintroduire dans leur milieu naturel. Un processus long et compliqué qui peut mettre plus de 10 ans et qui n’est pas une issue assurée pour certains, condamnés à rester dans des enclos et parmi les hommes car inaptes à la vie sauvage et en communauté.

Pour la plupart traumatisés, ces chimpanzés ont été sauvés in extrémiste du trafic qui sévit en Guinée depuis de longues années. C’est l’ONG partenaire GALF – Guinée Application des Lois Fauniques, avec qui travaille le CCC, qui lutte contre ce trafic avec le gouvernement et qui contacte le centre pour que les chimpanzés soient ensuite pris en charge. Une situation alarmante car le nombre de « pensionnaires » augmente considérablement et le manque de place commence à se faire sentir. Rappelons que l’espèce est intégralement protégée en Guinée et dans le monde ; la sous-espèce d’Afrique de l’Ouest est d’ailleurs classée depuis 2016 en danger critique d’extinction.

Les volontaires et l’équipe locale de soigneurs tentent donc d’atténuer les traumatismes, de les soigner, de leur (ré)apprendre la vie sauvage. Après avoir été enlevés trop longtemps de leur habitat naturel, arrachés à leur mère et leur groupe, certains chimpanzés ont même perdu l’usage de leur propre langage et les codes de leur espèce. Il faut leur apprendre à grimper, à trouver de la nourriture en brousse ou encore à faire un nid… à redevenir chimpanzé « tout simplement ». C’est donc l’objectif des équipes sur place et notamment des sorties en brousse organisées quotidiennement avec les groupes de jeunes chimpanzés.

Comme nous l’expliquaient les équipes, en plus du nombre croissant de chimpanzés orphelins capturés illégalement qui arrivent au centre, le problème est aussi de leur retrouver un habitat naturel assez vaste lors de la réintroduction pour ne pas avoir de présence humaine aux alentours. Une difficulté en Guinée puisque les espaces sont restreints même au sein des parcs nationaux. Une mission terrain est actuellement en cours pour tenter d’identifier de nouveaux sites de relâchés appropriés.

La dernière tentative de réintroduction date de Juillet 2011, où un groupe de 4 chimpanzés adultes (2 mâles et 2 femelles) et 1 jeune femelle ont été introduits aux 5 chimpanzés du premier relâché toujours suivis (2008). Les chimpanzés réintroduis dans leur milieu naturel sont toujours suivis par les équipes du CCC grâce à des colliers GPS. Résultat ? Les mâles n’ont malheureusement pas été acceptés par les femelles du premier groupe et ont dû retourner au sanctuaire. Les deux femelles adultes (Annie et Lola) et la jeune chimpanzé (Siala, fille de Lola) ont quant à elles bien été intégrées.

En plus de recueillir, soigner et relâcher, le CCC a également un prochain grand enjeu : la sensibilisation. Un volontaire VSI vient d’ailleurs agrandir l’équipe à partir de septembre pour les aider à développer ce volet. Sensibiliser les populations locales sur les conséquences de la disparition de cette espèce, informer les villageois sur les dégâts de la coupe illégale de bois et du braconnage mais aussi sensibiliser à la gestion des conflits humains-chimpanzés (protection des cultures, comportement à adopter en cas de rencontre avec un chimpanzé sauvage etc.) : c’est tout le challenge que le nouveau volontaire envoyé par la DCC devra relever.

Après ces deux jours passés au centre à interviewer les volontaires, à rencontrer les chimpanzés et à suivre le quotidien des équipes, nous avons été touchés par leur travail considérable. En pleine brousse pendant 6 mois, sans aucun réseau téléphonique, les volontaires – mais aussi toute l’équipe salariée – mettent leur vie et leur confort de côté et donnent tout leur temps à la survie de l’espèce. Impossible de ne pas être touché par leur volonté et leur implication mais aussi par ces chimpanzés qui, rappelons-le, partagent plus de 98% du génome humain. Il suffit d’ailleurs de les regarder pour le savoir, tant leurs gestes et leur regard nous rappellent les nôtres. Une rencontre déroutante et touchante que l’équipe de l’EV Guinée n’est pas prête d’oublier !

 

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