A la découverte de Toumaï au musée national du Tchad, avec Ahounta Djimdoumalbaye


25 janvier 2016

La reconstitution, fidèle, du crâne de Toumaï tel qu’il a été découvert en 2001

Ahounta Djimdoumalbaye est chef de service Paléontologie au Centre National d’Appui à la Recherche (CNAR), à N’Djamena. C’est aussi et surtout lui qui, en 2001, à seulement 30 ans, a fait une découverte majeure, dans le désert du Djourab, dans le Nord du Tchad : Toumaï, un hominidé de plus de 7 millions d’années.

Toumaï, qui signifie « espoir de vie », est un prénom tchadien généralement donné aux enfants qui naissent au début de la très éprouvante saison chaude dans le désert.

Celui qui, avant de travailler sur la mission paléoanthropologique franco-tchadienne dirigée par Michel Brunet, se destinait à une carrière de médecin, a vu son destin basculer avec la découverte de cet élément majeur dans la reconstitution de l’évolution de l’espèce humaine.

Ahounta Djimdoumalbaye, chef du service Paléontologie du CNAR et "père" de Toumaï

Il a accepté de répondre à quelques unes de nos questions, et d’accompagner les volontaires au Musée National, en compagnie de son homologue Elie Senguede Ngalang, directeur de la paleontologie du musée, où figurent la reconstitution de Toumaï, ainsi que bien d‘autres trésors paléontologiques et archéologiques.

Pouvez-vous me dire en quoi consiste votre travail ?

Je fais partie d’une équipe pluridisciplinaire de recherche en paléontologie, en partenariat avec l’université de N’Djamena et l’université de Poitiers. Au sein du service de paléontologie, nous menons des actions de conservation, de valorisation et de gestion des collections. Nous faisons également des missions de terrain, nous préparons les fossiles, nous organisons des animations scientifiques, et plein d’autres activités.

Pour les jeunes qui se passionnent pour la paléontologie, nous faisons aussi de la vulgarisation, des conférences et des expositions (celle qui est au musée est une exposition itinérante) dans les lycées et les autres établissements scolaires pour expliquer ce que nous faisons et susciter des vocations chez les jeunes tchadiens.

Ahounta Djimdoumalbaye, chef de srvice Paléontologie au CNAR, et Elie Senguede Ngalang, directeur de l’unité Paléontologie au Musée National

Comment s’est passée la découverte de Toumaï ?

Quand on cherche, on ne sait jamais ce qu’on va trouver ! On espère seulement qu’on trouvera quelque chose un jour… Michel Brunet, qui était le responsable du programme MPFT (Mission paléoanthropologique franco-tchadienne), me disait toujours : « S’il y a un hominidé sur le site, c’est toi le trouvera, car tu es le meilleur chasseur de fossiles ». Donc lorsque j’étais sur les sites, j’avais la pression. Je me disais que je devais faire cette découverte pour l’équipe.

En 2001, seulement 3 ans après mon entrée dans le programme, lors d’une mission très minimaliste (nous étions seulement quatre chercheurs, avec deux 4X4 : Fanoné Gongdibé, Mahamat Adoum, Alain Beauvilain et moi-même). Et c’est seulement le dernier jour de la mission, à 7h du matin, que nous avons trouvé le crâne de Toumaï.

Lorsque je l’ai trouvé, le crâne était disposé à l’envers, et entouré d’une concrétion de silice. On ne voyait que quelques dents qui sortaient du sable. J’étais en face, à quelques mètres, et la lumière se reflétait sur les dents. C’est ça qui a attiré mon attention. Je l’ai ramassé, puis je l’ai retourné et c’est là que j’ai vu les orbites, la fosse nasale et les dents tournées vers moi. A ce moment là, il n’y avait plus de doutes, je me trouvais nez à nez avec un spécimen très ancien d’hominidé. Quand on fait une découverte comme ça, le battement cardiaque s’accélère !

Qu’avez-vous ressenti ?

C’était une très belle récompense pour nous, car les conditions de prospection dans le désert sont vraiment extrêmes. On quitte la piste pour faire environ 150 km au milieu des dunes. On est coupés du monde, la température va de 50 degrés la journée à près de 0 la nuit et l’équipe de recherche est comme une famille sur laquelle on s’appuie dans les moments difficiles, mais aussi dans les moments de gloire. On aime tous ce qu’on fait, et je pense que c’est ça notre plus grande force. Lorsqu’on dit qu’on fait partie de l’équipe qui a trouvé Toumaï, maintenant, on nous regarde autrement.

Par la suite, ça a vraiment été de la folie, surtout à partir du moment où un article est paru dans la revue Nature, disant que nous avions trouvé le plus vieux fossile d’hominidé du monde. Le Président de la République a organisé une grande cérémonie, et la majorité de la presse internationale était là. Un grand colloque international a été organisé à N’Djamena, durant lequel tous les grands pontes de la paléontologie étaient présents. Toute l’équipe était vraiment fière !

Ahounta Djimdoumalbaye raconte aux volontaires l’histoire de Toumaï

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Pour le moment, je travaille surtout sur la reconstitution paleo-environnementale, qui est également le sujet de ma thèse. Lorsqu’on trouve des fossiles qui datent de plusieurs millions d’années, on sait que certains vivaient dans des milieux aquatiques, d’autres dans la savane ou dans la forêt. Or, les fossiles sont actuellement dans le désert. On essaie donc de comprendre les différents changements de milieux en utilisant des méthodes complémentaires. On tente de reconstituer le passé à travers des traceurs : c’est de la reconstitution de paléo-paysages. Par exemple, on étudie l’évolution du méga Lac Tchad et du Lac Tchad, de ses phases humides à ses phases arides. Au Tchad, l’étude est un vrai challenge puisque, dans le désert, nous étudions les sites au gré du vent.

"A la découverte de Toumaï", la visite du Musée National du Tchad en quelques images :

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